Hélène Fontana. Dessin plume sergent major, encre, 2019, 70x50cm

Hélène Fontana. Dessin plume sergent major, encre, 2019, 70x50cm

Egart continue d’accompagner les artistes à distance

En cette période difficile, EgArt continue d’accompagner les artistes à distance. Voici leur témoignage. A retrouver aussi sur nos pages Facebook et Instagram.

Message de Hélène Fontana

« J’ai retrouvé les plumes de mon enfance ! La boîte rouge Sergent Major au couvercle transparent. La maîtresse désignait quelqu’un pour remplir les encriers. C’était une tâche importante. Ensuite, il y avait la distribution du cahier du jour. J’adorais l’écriture, avec les pleins et les déliés. En fin de journée, on devait reproduire des frises géométriques. C’est comme ça que j’ai découvert la perspective. Mon plaisir du dessin vient de là. D’un même objet, d’un même motif, on joue la répétition.  A la fin, je prenais un plaisir dans le mouvement, cette main et ce bras qui se déliaient tous seuls. Quand j’ai fait cette série à l’encre l’année dernière, j’ai retrouvé cette fluidité du geste, sans à-coups, sans angoisse. Comme une respiration. Après des années sombres, sans créer, ce fut pour moi comme une libération ».

Message de Jean-Charles Sankaré

« Je n’ai de contact avec personne. Je sors autour de chez moi. Je n’ai pas changé grand-chose à mes habitudes. C’est triste pour les autres. Ça n’a pas d’incidence sur mon travail. Avant d’arriver à Marseille où j’ai grandi, j’ai passé ma petite enfance au Sénégal. J’ai attrapé le choléra. Et aussi le paludisme, à cause des moustiques. J’avais environ 10 ans. Il avait plu. Et quand il pleut, tout le monde sort ! Je m’en rappelle, de cette fièvre  avec l’impression qu’on vous rentre des aiguilles dans la tête. La peur contre un ennemi invisible, non. Je fais de l’exercice physique assez poussé tous les jours. Ma vrai motivation, c’est de peindre. Les sujets de mes dernières œuvres ? Tristesse et mélancolie de la nature humaine. Peut-être que d’autres personnes vont se reconnaître »

Message de Gaël Dufrène

« Pour moi rien ne change réellement. La vie de dessinateur de machines ressemble à celle de la vie de rat de bibliothèque. Le confinement est la règle ! Coté dessin, ça ne chôme pas. Je suis en plein dessin du moteur de 1872 de l’ingénieur George Brayton (1830-1892). Comme engin c’est spécial. Le moteur a deux cylindres dont un seul est moteur. Au contraire du moteur moderne où les quatre temps se déroulent dans un même cylindre, la compression & l’admission se font dans un second cylindre. Pour le fonctionnement exact, je passe beaucoup de temps à me casser le crâne sur l’allumage – qui précède la détente des gaz – qui se ferait par compression, comme un moteur Diesel, je le pense… D’autant que mes documents are in English of course, Brayton is an American! Thousands of billions of ‘uncovidnineteenized’ kisses. »

Message de Leila Delasalle

« Bien évidemment je ne sors pas ! D’autant que je fais partie des personnes à risque ! Je vous envoie ce que je suis en train de faire même si ce n’est pas fini. Avec le confinement, je garde tous les emballages et je m’en sers comme supports, cartons, cagettes… Je travaille sur mon plan de cuisine ou à même le sol… La solution pour moi c’est de créer. J’espère que vous allez tous bien. Et pour moi ne vous inquiétez pas… Je lis, j’écoute de la musique…je suis entourée et heureusement j’ai mon chat. Je vous embrasse de loin, oui oui ça on a le droit. »

Message d’Hélène Fontana

« Cette période de confinement me ramène à une période extrême de ma vie où je suis restée chez moi pendant un an, seule dans le noir, presque incapable de sortir. Avec la partie argentée de mes paquets de cigarettes, j’ai commencé à faire des centaines de tiges de papier. Ensuite, je me suis mise à les tisser. Je pensais que je ne faisais rien, mais mes mains faisaient. Le confinement a tout fait ressurgir. J’ai recommencé à fabriquer ces sortes de bagues argentées avec lesquelles je pense réaliser plus tard une installation. Ces accumulations sont une trace du temps qui aurait pu filer sans qu’il en reste rien. C’est un motif que depuis j’ai travaillé sur papier à l’encre ou en monotypes. Figer le geste dans le temps pour qu’il ne soit pas perdu. »

Message de Grégoire Koutsandréou

« J’en suis à mon 7e tableau depuis le confinement. J’associe des calendriers du futur et des plantes. La dernière était la Minette. Ses fleurs sont un peu comme des roses avec des pétales imbriqués et un enchevêtrement des feuilles. Je l’ai représentée en noir. Tous les onze tableaux, je reviens au noir. J’ai remarqué que si j’ai un accompagnement musical je vais plus vite. Je n’ai pas encore épuisé mon stock de tissus et de papier. C’est plutôt les couleurs qui risquent de manquer. Je n’ai plus beaucoup de jaune. Quand je fais un végétal inventé ou réaliste, j’éprouve une sorte de trac. Ça existe aussi dans la peinture. »

Message de Claire Lancien

« Pour l’instant heureusement, personne dans mon entourage n’est touché par la Pandémie. Je pensais qu’être confinée serait plus difficile. Je fais du sport chez moi, du gainage et des abdos. J’ai rouvert des livres. Je passe en revue les tableaux phare de l’histoire de l’art. J’apprends les dates, les titres, les noms. Ma mémoire fonctionne bien. Et ça me redonne confiance en moi. Le Déluge de Poussin. La jeune fille à la perle de Vermeer, Les Menines de Vélasquez ou Guernica, car j’ai une fascination pure pour Picasso. En fait je me nourris. Et pour l’instant je ne fais que du dessin. »